Le rire et la fonction fabulatrice comme fonction sociale chez Bergson

Vendredi 5 juin 2026, 18 h, Maison des Associations, 3, place Guy Hersant, Toulouse.

Conférence de Mme Sarah ARROYAS-REMIGIO, Bibliothécaire et diplômée en philosophie (mémoire de Master : Bergson et Spinoza, la durée et les affects).

Trente-deux ans séparent les deux œuvres de Bergson qui traitent du rire et de la fonction fabulatrice. Au moment de la parution du Rire (1900), Bergson a déjà posé son concept de durée dans sa thèse Essai sur les données immédiates de la conscience (1889) et commencé à développer avec Matière et mémoire (1896) ses conceptions de l’instinct et de l’intelligence, mais aussi du rapport de la durée avec la matière qui feront l’objet d’un développement plus long dans L’Évolution créatrice en 1907. Entre les deux, Le Rire s’interroge sur la nature du comique et ses mécanismes, tout en développant la notion de rire comme fonction sociale.

               En 1932 paraît Les Deux sources de la morale et de la religion, œuvre dans laquelle la pensée de Bergson atteint son point culminant, tout en faisant aboutir le développement de son concept de durée. Il y propose une analyse des fondements de la société, de la morale et de la religion, qui reprend les notions et concepts développés au cours de ces précédentes œuvres.

               Pour cette conférence cependant, nous nous intéresserons aux notions de rire et de fonction fabulatrice. Le rire appartient à cette œuvre un peu mise de côté du corpus bergsonien, et se présente tout à la fois comme un effet du comique et un mécanisme social. L’autre, le concept de fonction fabulatrice, est présenté comme un mécanisme de la nature lié à l’analyse que nous propose Bergson de la religion statique. Dans ce contexte, quel rapport établir entre le rire et la fonction fabulatrice ?

               Le Rire propose, au travers de l’analyse de la signification du comique, une première ébauche de réflexion sur la société, laquelle semble préfigurer ce que Bergson écrira dans les deux premiers chapitres des Deux sources. C’est à partir du point d’entrée de la société et de la vie sociale que nous souhaitons proposer une analyse de la notion de rire et du concept de fonction fabulatrice dont les ressorts communs en font, dans la pensée de Bergson, une fonction sociale.

               Ce que nous verrons également, c’est que toute fonction sociale sous-tend déjà une fonction naturelle. D’autres notions et concepts tels que l’instinct, l’intelligence, l’imagination et l’émotion, entre autres, seront convoqués, car étant partie prenante du rire et de la fonction fabulatrice, à des degrés divers, les rendant en cela à la fois similaire, mais aussi singulier dans leur œuvre et contexte d’écriture respectif.

               La distinction entre nature et société chez Bergson n’est pas aussi tranchée qu’elle peut l’être chez d’autres philosophes. L’une est surtout recouverte par l’autre, donnant l’illusion d’une société émancipée de la nature. Au contraire, fonctionnant de concert (ou étant la même chose, à un degré divers ?), et pas toujours dans leur propre intérêt, leur objectif reste la conservation et la perpétuation de l’espèce.

               Faire société est tout à la fois une nécessité et une lutte contre sa propre capacité dissolvante, causée par la conscience de la mort chez l’homme et les conséquences que cette conscience engendre dans et contre la société. Le rire et la fonction fabulatrice se présentent à cet égard comme des mécanismes mis en place par la nature et la société pour lutter contre cette dissolution, laquelle se présente comme tout aussi naturelle que la création des sociétés elles-mêmes. Ces contradictions, notre analyse du rire et de la fonction fabulatrice tendra à les expliquer en replaçant l’un et l’autre dans son rapport à la nature, à la société et ses relations à autrui et à la question de la vie.