Les foedera naturæ chez Lucrèce : penser une cosmologie et une biologie sans lois

Vendredi 13 février 2026, 18 h, Maison des Associations, 3, place Guy Hersant, Toulouse. Conférence de Mme Célia CHARLOIS, professeur de philosophie. Les théories de la philosophie antique demeurent remarquables par leur cohérence et la profondeur du travail rationnel qu’on peut encore y goûter. L’atomisme antique, notamment celui d’Épicure, ne fait pas exception. L’idée de nature et d’un savoir sur cet objet englobant est toujours un point important à penser dans ces philosophies. Pour apprendre avec plus de détails ce qu’il en est d’une conception de la nature depuis un parti pris atomiste, il convient de se tourner vers le De rerum natura du poète latin Lucrèce, au vu du caractère fragmentaire des écrits d’Épicure. Nous retiendrons particulièrement ici la question de l’ordre naturel, qui préoccupe les philosophies antiques. Comment,alors que la cause finale est évincée par le matérialisme épicurien, penser un ordonnancement ou du moins une régularité dans les phénomènes naturels ? Peut-on concevoir un ordre du monde sans loi aucune pour le structurer ? Cette question cosmologique, biologique et épistémologique fondamentale est prise en charge par l’expression lucrétienne de foedera naturæ, « pactes naturels », que le poète emploie à plusieurs reprises dans son ouvrage. Qu’est-ce qui appelle ce paradigme concurrent de celui de loi naturelle, et qu’implique-t-il ? C’est ce que nous explorerons dans cette conférence en nous concentrant plus précisément sur le chant V, dont le thème (la formation du monde, les premiers temps de la Terre et de l’humanité) oblige à prendre position sur le sujet. Par là nous analyserons la force de cette théorie sans loi, que nous resituerons dans la philosophie antique avant de proposer quelques échos dans des périodes ultérieures de l’histoire de la philosophie.