Penser la non-violence avec Judith Butler

Vendredi 21 novembre, 18 h. Conférence de Julie NAVARRO, professeur de philosophie.

Le 18 août dernier, Jean Pormanove succombait en direct lors de la réalisation d’une vidéo faisant d’une violence répétée et humiliante, un divertissement et même, une distraction plaisante pour des milliers d’abonnés. Ce fait divers n’est pas sans rappeler l’anecdote dont témoigne Saint Augustin au livre VI de ses Confessions lorsqu’il rapporte que son ami Alypius « fut saisi, pour les spectacles de gladiateurs, d’une avidité incroyable […] il se délectait dans l’horreur criminelle du combat et s’enivrait d’une sanglante volupté. ». À des siècles d’intervalle, on constate donc que si les actes violents sont dénoncés publiquement, ils n’en demeurent pas moins attrayants pour certains, fascinants pour d’autres. Ainsi, la violence fait problème dans la mesure où elle nous rebute et engage notre conscience morale à la dénoncer mais, simultanément, elle nous séduit en favorisant l’émergence du sublime comme en témoigne la représentation d’une tempête en pleine mer de Turner. Son existence empêche le philosophe d’adopter la position de Lucrèce qui, dans son De natura rerum, soutient qu’ « il est doux, quand sur la vaste mer les vents soulèvent les flots, de regarder, de la terre ferme, les terribles périls d’autrui. » En effet, il semble impossible de jouir d’une certaine quiétude quand on prend conscience des affres dans lesquelles sont jetés ceux qui subissent une forme de violence parce que ces autres ne sont pas avant tout étrangers et différents de moi : ils constituent, en un sens, un élargissement de ma personne et une partie d’un monde qui ne saurait exister autrement que dans la relationnalité. Par conséquent, nous chercherons à comprendre ce que serait la force de la non-violence pour tenter de comprendre certains aspects de la violence et être en mesure de lutter contre ces derniers.