Société toulousaine de philosophie - Actualités

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Vendredi 19 avril 2019 17 h 00 – Maison des Associations, 3, place Guy Hersant, Toulouse, salle de réunion 2.

Conférence de Bernard HUBERT, directeur des Cahiers Maritain 

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Yves R. Simon (1903-1961), un philosophe franco-américain, disciple, ami et « frère d’armes » de Jacques Maritain


Né à Cherbourg en 1903, Yves Simon intègre la khâgne du Lycée Louis-le-Grand à Paris. S’orientant vers la philosophie, Yves Simon s’inscrit en licence simultanément à la Sorbonne et à la Faculté de philosophie de l’Institut catholique de Paris où il suit les cours de Jacques Maritain qu’il rencontre pour la première fois en janvier 1922. Yves Simon sera « l’un des meilleurs et plus chers étudiants » de Jacques Maritain jusqu’à la soutenance de son doctorat, alors qu’il avait été un temps attiré par l’étude des premiers socialistes utopistes. Yves Simon participe aussi aux travaux de la Société de philosophie de la nature (1925-1932) fondée par J. Maritain, et ses premiers ouvrages universitaires, Introduction à l’ontologie du connaître et Critique de la connaissance morale sont publiés en 1934 chez Desclée De Brouwer dans la collection « Bibliothèque française de philosophie », dirigée par Jacques Maritain.

Après avoir enseigné à l’Institut catholique de Lille de 1930 à 1938, en assurant entre autre une série de cours sur Proudhon, Yves Simon émigre aux États-Unis avec sa femme et ses quatre enfants, pour enseigner la métaphysique thomiste à l’Université de Notre Dame (Indiana). Arrivé en 1938 aux États Unis, Yves René Simon demande, en 1946, la nationalité américaine. Ses relations épistolaires avec Jacques Maritain, déjà régulières depuis 1927, se poursuivent grâce à une correspondance amicale nourrie qui relate autant ses travaux d’enseignant-chercheur, que les difficultés rencontrées par sa famille avec leurs six enfants, dans leur nouvelle vie aux États-Unis. Cette correspondance publiée en 2 volumes, Tome 1 : Les années françaises (1927-1940), Tome 2 : Les années américaines (1941-1961) permet de suivre le développement de leur profonde amitié.

À partir de 1948, Jacques Maritain, revient aux États-Unis qu’il avait quittés le temps de l’ambassade au Vatican (1945-1948). Yves René Simon, qui enseigne depuis 1948 à l’université de Chicago au sein du « Committee of Social Thought », joue un rôle important pour l’acclimatation de J. Maritain aux mœurs universitaires américaines. Ensemble les deux philosophes développent de conserve leur œuvre de philosophie politique, et ils publient la même année, en 1951 aux Presses universitaires de Chicago : Man and the State pour Jacques Maritain et Philosophy of Democratic Government pour Yves Simon. Lorsque Yves Simon s’éteint en 1961, Jacques Maritain qui rentre en France reconnaît en Yves Simon son « frère d’armes » pendant ses années américaines.

Le philosophe Yves Simon, réunit de manière remarquable les traits du disciple ayant soutenu sa thèse de philosophie sous la direction de Jacques Maritain, les traits de l’ami « si profondément aimé » et du confident qui échange une importante correspondance pendant au moins 40 ans, et les traits du « frère d’armes » qui a coopéré avec J. Maritain à la construction d’une interprétation thomiste de la démocratie.

Ce triple constat donne à Yves Simon une place unique parmi les proches de Jacques Maritain, et à cet égard ses travaux contribuent à éclairer l’œuvre spécifique de Jacques Maritain. Car Yves Simon a produit une œuvre importante et originale de philosophie (métaphysique, philosophie des sciences, logique, éthique, philosophie politique) bien souvent complémentaire de celle de Jacques Maritain dans une fidélité à leur principes communs et une réelle autonomie dans leurs approches respectives.